vendredi 20 novembre 2009
Enfants surprotégés. Est-ce bon pour eux ?
Jean Epstein, psycho-sociologue spécialiste de l'enfance, répond à cette question.
Un enfant est d'abord constitué de 3 « boules » qu'il va devoir apprendre à maîtriser: l'amour, la culpabilité et les peurs. Il s'interroge : est-ce que je suis aimé tel que je suis ? est-ce que je suis responsable de ce qui se passe autour de moi, notamment des différends entre adultes ?
Et puis il a peur des situations nouvelles, peur du noir, peur des autres, peur de l'inconnu. Les peurs sont constitutives de l'enfant : il doit apprendre à les dominer pour devenir adulte. Pour cela il doit être confronté à des situations à risque mesurés. S'il est sur-protégé il n'apprend pas à maîtriser ses peurs.
Or, en raison de leurs propres peurs de l'environnement (pédophilie, risque routier, enlèvement, maladie..), les parents d'aujourd'hui ont de plus en plus tendance à protéger leurs enfants. Dans certains cas ils les enferment même dans un huis clos familial ; ce qui est profondément néfaste pour eux.
En effet, il est aujourd'hui prouvé que la sur protection parentale, et, de manière générale l'absence de confrontation à des dangers mesurés pendant l'enfance, cela donne des jeunes qui ont peur de leur environnement mais aussi des ados qui ont un maximum de conduites à risque extrêmes sans en mesurer la portée (jeu du foulard / risque routier/ course à l'alcoolémie....)
Mon conseil aux parents : confiance et vigilance. Le plus tôt possible il faut absolument laisser prendre des risques mesurés à ses enfants tout en ouvrant l'œil !
jeudi 19 novembre 2009
Psychologie
La sexualité chez les bouts de chou
Psychologie
Julie, 5 ans, s’amuse dans sa chambre avec Frédéric, un petit camarade du même âge. Soudain, sa mère ouvre la porte sans prévenir. Surprise! Les deux enfants sont en train de «jouer au docteur» et d’examiner attentivement leurs organes sexuels respectifs…
Ce type de situation est extrêmement fréquent, et rares sont les parents d’enfants de six ans et plus qui ne l’ont pas déjà vécue. Faut-il s’inquiéter et s’alarmer devant l’intérêt de ses petits bouts de chou pour les choses de la sexualité?
Absolument pas, car tout cela fait partie du processus normal du développement sexuel, aussi bien sur les plans physiologique que psychologique. Voici un bref tour d’horizon de cette grande aventure, qui commence dès que l’enfant vient au monde.
À la découverte de son corps
Dès sa naissance, le nourrisson est prêt à téter et entre de plain-pied dans le «stade oral». C’est par la bouche qu’il va éprouver ses premières satisfactions et sensations, entrer en communication avec le monde qui l’entoure. Il suce tout ce qui passe à sa portée : doigts, orteils, objets, le sein de sa mère, etc., et cette activité lui procure un grand bien-être.
Progressivement, l’enfant va investir d’autres parties de son corps, se concentrant désormais sur sa région anale, vers l’âge de 15 mois. Avec l’apprentissage de la propreté, il prend conscience des sensations agréables liées à l’évacuation de ses selles. La rétention ou l’expulsion de celles-ci lui permet également de découvrir le pouvoir qu’il a sur sa mère. Pouvoir de lui faire plaisir en laissant un «cadeau» dans le pot, ou de la contrarier en n’y laissant rien du tout!
Finalement, de deux ans et demi à six ans environ, c’est le moment où l’intérêt de l’enfant se déplace de ses fonctions anales vers ses organes génitaux. Il explore cette partie de son corps, intrigué par tout ce qui concerne la génitalité. C’est le stade phallique.
«Si on jouait au docteur?»
Comme le souligne Jocelyne Robert, sexologue, pédagogue et auteure de nombreux ouvrages sur la question: «Le développement psychosexuel à cet âge se caractérise par une multitude de manifestations. Fasciné de grandir, de connaître, d’expérimenter, l’enfant se préoccupe de sa naissance, est heureux d’enrichir son vocabulaire, se renforce dans son identité sexuelle en adoptant des rôles et des jeux qui l’épanouissent.»
C’est donc la période privilégiée pour aller à la découverte du corps de l’autre, car pour se conforter dans son identité sexuelle, l’enfant a besoin de voir, d’observer et de toucher. Ces jeux se pratiquent indifféremment entre frères et sœurs, cousins, cousines, copains, copines.
S’ils sont témoins d’une séance de «docteur», les parents n’ont aucune raison de s’inquiéter ou de projeter leurs angoisses d’adultes en imaginant les pires choses… En fait, il faut surtout éviter de laisser une impression d’interdit aux acteurs de ces petits jeux, qui pourraient alors développer le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal et de «sale».
En outre c’est également l’âge où, fille ou garçon, les enfants prennent plaisir à toucher leurs propres organes génitaux. Ces caresses éveillent chez eux trouble et curiosité, et peuvent servir à évacuer tensions et angoisses. Là encore, pas de panique, car c’est un processus normal qui dure plus ou moins longtemps.
En route vers la puberté
Plus le temps passe et plus la force d’attraction du clan unisexe s’effrite. Premiers baisers et premiers émois ouvrent des brèches de plus en plus grandes dans le mur qui sépare les deux sexes.
De 9 à 12 ans, l’enfant doit aussi commencer à apprivoiser l’idée de sa puberté prochaine, et l’anticipation de ces bouleversements peut causer bien des angoisses. La perspective des premières menstruations et de la naissance des seins pour les filles; des premières éjaculations et de la pilosité pour les garçons, ne les plongent pas toujours dans la gaieté…
«C’est une phase charnière, souligne Jocelyne Robert. L’enfant devient pudique et semble dégoûté par les choses sexuelles. C’est aussi la période où il a besoin, plus que jamais, de références masculines et féminines auxquelles s’identifier. Les jeunes de cet âge ont des idoles – acteurs, chanteurs, etc. – qu’ils vénèrent et à qui ils veulent par-dessus tout ressembler. C’est une façon de se reconnaître et de se faire reconnaître, en tant que garçon ou fille.»
Cette phase d’adhésion à des stéréotypes sexués joue un peu le même rôle que lorsque l’enfant est entré dans son clan unisexe. Il a besoin de développer son sentiment d’appartenance pour mieux s’affirmer et en quelque sorte s’affranchir…
Comment accompagner?
Il n’y a pas de recette miracle pour aider les enfants à traverser harmonieusement les différentes phases de développement de leur sexualité. Jocelyne Robert précise toutefois que l’on met toutes les chances de son côté si l’on fait preuve de bon sens et que l’on demeure attentif.
«À mon avis, il faut avant tout effectuer un examen de conscience honnête. On doit faire le point sur l’éducation sexuelle que nous avons nous-même reçue, sur ce qui nous met mal à l’aise, sur les idées fausses que l’on a apprises, etc. Il faut être franc et tenter d’élucider pourquoi telle ou telle attitude de notre enfant nous gêne.» En effet, bien souvent, on accepte les choses «intellectuellement» - c’est-à-dire qu’on les comprend - mais elles continuent de nous déranger «émotivement». C’est pourquoi il est essentiel d’identifier et d’exprimer nos propres limites, pour ne pas en poser à notre enfant sans le vouloir…
«Il faut être très présent, et surtout avoir une oreille «en forme de cœur!», ajoute madame Robert. Tout se joue dans la façon dont s’effectue l’intervention des parents, qui doivent veiller à ne pas transmettre leurs propres angoisses. On doit également profiter des moments propices qui se présentent pour créer un dialogue sur la sexualité. Il est très important de ne pas l’extraire de la vie courante et de l’intégrer dans le cours naturel de l’existence.» Il y a en effet beaucoup d’occasions à saisir pour parler de sexualité avec ses enfants, mais on ne les voit pas toujours : une voisine enceinte, un film où un couple s’embrasse, etc. Aux parents de s’en servir pour faire passer le message, et ce avant l’adolescence, car alors, il sera un peu tard pour amorcer la communication.
«Bien souvent, les parents parlent de sexualité à leurs enfants pour la première fois en les prévenant des dangers des MTS, du SIDA, des abus sexuels, etc. C’est devenu notre prétexte pour parler de sexualité, parce qu’au fond, ça nous fait un peu peur», conclut Jocelyne Robert.
Pour en savoir plus
· «Ma sexualité de 0 à 6 ans», Jocelyne Robert en collaboration avec Jo-Anne Jacob, Éditions de l’Homme, 1985
· «Ma sexualité de 6 à 9 ans» et «Ma sexualité de 9 à 12 ans», Jocelyne Robert, Éditions de l’Homme, 1986
· «Nos enfants et la sexualité», Maryse Damiens et Gisèle Ginsberg, Pocket, collection Parents-Enfants, 1995
· «Parlez-leur d’amour… et de sexualité», Jocelyne Robert, Éditions de l’Homme, 1999
mardi 3 novembre 2009
Pas facile de toujours jouer la médiatrice!
Question
Je suis la maman de 3 garçons (11, 9 et 6 ans). Mes enfants se chicanent parfois très fortement; comme s'ils étaient en constante rivalité. Y a-t-il des choses que je pourrais faire pour aider à l'harmonie? Je suis tannée de faire la médiatrice tout le temps.
Réponse
Chère Maman de 3 garçons de 11, 9 et 6 ans,
C'est vraiment stressant de jouer continuellement la médiatrice et la plupart du temps sans savoir qui a commencé à faire déraper l'harmonie.
Certains guides d’éducation, vous diront qu’il vaut mieux éviter d’intervenir et laissez aux enfants de régler eux-mêmes leurs différends. Ce n’est pas la manière de penser du Parent entraîneur. C’est ainsi que le Parent entraîneur interviendra lors de conflits et ne les laissera pas se battre sous prétexte qu'ils vont apprendre ainsi. Toutefois, il déterminera avec eux un mode de vie harmonieux afin de limiter les conflits. Il leur apprendra à parler calmement au lieu de crier, à se respecter, etc. Voici comment:
1. Prenez le temps d'enseigner, selon vos valeurs, à vos enfants comment collaborer, jouer sans tricher, accepter de perdre sans se venger ni abandonner le jeu. Jouez avec vos enfants régulièrement pour comprendre le fonctionnement de leurs jeux et le comportement social à développer. Cela fait plaisir à tous en même temps!
2. Lors d'une réunion de famille, établissez avec eux un mode de fonctionnement: vos fistons ont probablement leurs idées. Par exemple, ne pas s'arracher les jouets, ne pas tricher, ne pas donner de coups, ne pas s’insulter ni se ridiculiser. Vous rédigez un tableau de règles (pas plus que 5).
3. Il peut arriver qu'un troisième cherche à se joindre aux deux qui ont déjà commencé un jeu. Montrez-lui à demander la permission et encouragez les deux autres à faire une place au troisième. Il peut être nécessaire de montrer à celui-ci à accepter un «non» et alors à jouer ou lire seul. Il est possible que vous ayez à vous en occuper.
4. Si c'est toujours le même qui est exclu, vérifier pourquoi. Est-ce le plus jeune? Ou bien, celui qui est exclu agit-il de manière déplaisante? Connaît-il les habiletés sociales comme partager ou collaborer?
5. En faisant la réunion de famille chaque semaine, vous pouvez réviser les règles et finir par connaître le fond du conflit. Est-ce de la jalousie, un manque de connaissance des jeux, une incompatibilité de caractère ou simplement la mauvaise habitude de vouloir ce que l'autre vient de prendre?
Plus nous encadrons fermement les relations entre frères et sœurs, plus l’harmonie risque de régner et nous leur apprenons en même temps comment vivre en société.
lundi 2 novembre 2009
Traiter les enfants comme des êtres distincts
Il est prouvé que plus les parents prônent l’égalité entre les enfants, plus ils encouragent la rivalité. Il est faux de prétendre aimer tous les enfants également comme il est faux de penser être entièrement juste. Chaque enfant a besoin d’être reconnu pour ce qu’il est. Être juste, c’est donner à chaque enfant l’occasion de développer pleinement ses talents, ce qui peut impliquer des différences considérables et des moyens fort diversifiés.
Quant aux conflits quotidiens entre enfants, il y a moyen de les atténuer et même de les rendre formateurs. Mais, il faut se rendre à l’évidence : ils à la vie de famille ce que les épices sont à la cuisine, c’est-à-dire des stimulants pleins de saveurs et de couleurs dont on ne doit pas se passer.
Petits trucs pour atténuer les rivalités
· Donner à chaque enfant un espace bien à lui (pas nécessairement une chambre mais une armoire de rangement, un coffre, etc.).
· Favoriser et vanter les différences entre enfants. L’égalité n’existe pas mais la supériorité absolue non plus.
· User d’autorité lorsque la chicane commence. Isoler les enfants pour 10 minutes. Ensuite parler avec eux (ou avec le ou les plus vieux) du conflit et leur demander d’envisager des solutions pour le futur.
· Récompenser l’harmonie et non pas la chicane.
· Aider les enfants à cultiver l’empathie (se mettre à la place de l’autre).
· Donner aux enfants une tâche commune.
· Si les conflits sont fréquents et importants, noter dans un «journal de bord» les sources de conflits, les réactions de chaque enfant et autres éléments significatifs pour ensuite préparer un plan d’action.
· Mettre à la disposition des enfants du matériel de jeu qui leur permettra d’exprimer leurs rivalités et d’exorciser leurs colères (marionnettes, papier, crayons, maisons avec figurines, etc.).
· Comprendre et accepter l’agressivité verbalisée, ne pas tolérer les gestes agressifs.
samedi 31 octobre 2009
L’harmonie totale : un mythe
Les parents aimeraient que leurs enfants s’entendent à merveille et partagent tout sans difficulté ; c’est un vœu impossible à réaliser à cause du développement même de l’enfant. Avant 6-7 ans, l’enfant est égocentrique. Il perçoit tout en fonction de ses besoins ; il ne peut donc partager vraiment. Lorsqu’on lui prend un jouet, on lui enlève quelque chose d’essentiel et il ne le tolère pas : il crie, pleure et ne comprend pas le raisonnement de l’adulte qui lui explique le jouet prêté n’est pas perdu pour toujours.
De 7 à 10 ans, les enfants mettent le monde en ordre ; ils rassemblent des collections et font des échanges. On a souvent l’impression qu’ils font du chantage à tout le monde. Il ne faut cependant pas craindre qu’ils deviennent mesquins si on entre dans leur jeu pour régler certains petits conflits en promettant une récompense.
Après 10 ans, les enfants apprennent à faire des contrats, à suivre des règles, à partager des responsabilités. On peut alors faire appel à leur sens de la justice et établir des normes avec eux. Ce n’est qu’à l’adolescence que les jeunes peuvent vraiment tenir compte des autres et acquérir une certaine éthique personnelle.
Le problème, c’est que les enfants d’une même famille, à moins d’être jumeaux, sont d’âges différents. Il faut donc user de beaucoup de tact pour les aider à régler leurs différends et d’assez d’autorité.
Bien des facteurs sont à considérer : sexe de l’enfant, rang dans la famille, écart d’âge entre les enfants. L’aîné a tendance à être plus strict, plus autoritaire, mais c’est aussi un bon professeur pour les plus jeunes. Le cadet a moins de responsabilités et est plus libre, mais il peut se sentir négligé. Le plus jeune est souvent surprotégé et voué à être longtemps le «petit bébé». Pour des raisons différentes, chacune de ces positions favorise la rivalité.
L’écart d’âge idéal entre les enfants n’est pas non plus facile à établir. Très petit, il provoque une grande complicité mais beaucoup de jalousie. Trop grand, il isole les enfants. Le juste milieu semble se situer entre deux ans et demi et trois ans et demi.
Confondre passé et présent
Lorsqu’on élève des enfants, il est impossible de ne pas être directement ou indirectement influencé par sa propre famille. Faites un petit test : lequel de vos enfants avez-vous tendance à défendre davantage en cas de conflit ? Quel rang occupe-t-il dans sa fratrie et quel rang occupez-vous dans la vôtre (rang réel et rang relatif : par exemple, la deuxième des filles ou le premier des garçons) ? Il est difficile de ne pas se projeter dans ses enfants, de ne pas revivre des conflits et de ne pas succomber à une agressivité qu’on croyait oubliée. Le tout est de s’en rendre compte et de ne pas infliger à nos enfants des réactions émotives avec lesquelles ils n’ont rien à voir. La ressemblance physique d’un enfant avec un frère ou une sœur influencera nos attitudes ; il en ira de même avec les traits de caractère semblables à ceux d’un aîné jalousé.
Les erreurs à éviter
- Les rejets et les préférences.
Il est parfois difficile de s’en rendre compte mais, lorsqu’on réprimande ou excuse sans cesse le même enfant, il y a lieu de s’interroger.
- Les comparaisons
Les enfants sont différents et ne doivent pas être comparés sinon l’animosité peut se mettre de la partie.
- Les préférences liées au sexe.
Un garçon ou une fille désirés de longue date sont souvent jalousés par les autres membres de la fratrie.
- Le manque de souplesse.
Une rigidité excessive face à toute manifestation de rivalité accroît cette dernière.
- Le manque de rigueur.
Un laisser-aller complet n’aide pas les enfants à franchir les étapes pour arriver à l’entraide souhaitée.
- L’incohérence.
Si les deux parents n’ont pas une attitude semblable face aux conflits, les dissensions entre enfants peuvent augmenter.
- Le fait de récompenser la rivalité.
Les parents qui, pour éviter les conflits, sont prêts à faire tout ce que les enfants leur demandent, favorisent les conflits. Par exemple, si chaque fois que deux enfants se disputent un jouet, ils en obtiennent de nouveaux, ils se chicaneront de plus belle.
- Les conflits de couple par enfants interposés.
Chaque parent peut utiliser son préféré contre son conjoint, ce qui provoque des guerres entre les enfants.
vendredi 30 octobre 2009
C'est toi que maman préfère
Extrait du guide Être parent, une affaire de cœur, Collection parents, Les éditons de l’Hôpital Sainte-Justine, 1999.
Je me souviens d’une scène cocasse, à la maison, un soir de fête avec des amis. À cette époque, mes enfants avaient respectivement trois mois, trois ans et un peu moins de six ans. Vincent, le cadet, avait bien réagi à la naissance de son frère et s’en occupait souvent gentiment. Ce soir-là donc, Vincent se met à questionner mes invités, couple sans enfant, sur leur amour des petits, le pourquoi de leur infertilité, etc. Une véritable enquête en règle. Amusés, France et Yves se prêtent au jeu en souriant. Puis, après avoir réfléchi un bon moment, Vincent déclare : «Si vous aimez les bébés, vous pouvez bien prendre le mien, je vous le donne!» Mon fils a été bien surpris de l’éclat de rire qui a suivi sa généreuse proposition. En fait, il croyait avoir trouvé une solution à sa rivalité fraternelle.
La rivalité fraternelle : une réalité bénéfique
La rivalité fraternelle de l’enfance se transforme souvent en amitié solide à l’âge adulte. Les liens tissés au jour le jour à travers les querelles, l’entraide et la protection sont plus forts que tout.
Les chamailleries entre frères et sœurs sont parfois si agaçantes qu’on en oublie les effets bénéfiques pour les enfants. Une étude a montré que dès l’âge de 2 ans, les enfants écoutaient les signes de détresse des plus jeunes et venaient à leur rescousse plus vite que leur mère. Vers 4 ou 6 ans, les enfants passent deux fois plus de temps avec leur fratrie qu’avec leurs parents ; 30% des échanges entre frères et sœurs sont de l’ordre de la rivalité, mais 70% sont de l’ordre de l’attachement émotif et de la complicité.
Les enfants d’une même famille sont toujours en rivalité pour obtenir l’amour privilégié de leurs parents. Ils sont en perpétuelle compétition, ce qui est bon pour leur développement à condition qu’on les aide à la vivre sans trop d’agressivité. À l’intérieur de la famille, les petits vivent des frustrations qui mènent à des apprentissages. Ceux-ci seront fort utiles aux enfants en dehors de la maison.
De plus, les enfants ont besoin de la présence d’autres enfants et jamais les parents ne pourront remplacer les échanges sociaux entre pairs. Les enfants qui ont des frères et des sœurs peuvent davantage exprimer leurs joies et leurs colères envers leurs parents, ce qui est excellent. Ces enfants sont souvent plus mûrs, courageux, créateurs, plus responsables et sociables que les autres. Si elle est bien contrôlée, la jalousie permet à l’enfant de se dégager des relations parents-enfant et lui donne une sécurité intérieure non négligeable.
Ajoutons à cela que dans les familles où il y a plusieurs enfants, les parents exigent moins de chacun d’eux : ils projettent leurs désirs et ambitions sur plus d’un enfant. Une fratrie est un bien précieux et la rivalité fraternelle est aussi inévitable que profitable.
mercredi 28 octobre 2009
La résolution de conflits en six étapes
1. Aider les enfants à se calmer et à se concentrer
o Faites-les participer au processus, à mesure que vous les réconfortez et les aidez à se concentrer.
o Réconfortez les enfants affolés.
o Attendez jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment apaisés avant d'entamer le processus de résolution de conflit.
2. Accorder de l'attention à chaque enfant
o Tous les enfants impliqués, «victimes» et «agresseurs», doivent savoir que votre rôle est de les aider de façon égale.
o Les «victimes» passent cependant en premier.
3. Aider les enfants à comprendre et à exprimer leur problème
o Aidez les enfants à comprendre que le conflit est un problème commun, avec deux parties.
o Assurez-vous que chaque enfant a l'occasion d'expliquer sa perception du problème, y compris les causes et effets. Que s'est-il passé (effets)? Pourquoi (causes)?
o Aidez les enfants à mettre tout le problème en perspective. Ils savent souvent ce qui s'est passé (l'effet, par exemple se faire donner un coup de pied), mais pas pourquoi (la cause, par exemple pour se venger d'une invective plus tôt dans la journée).
4. Laisser les enfants proposer diverses solutions au problème
o Laissez-les proposer diverses suggestions pour résoudre le conflit.
o Tenez compte de leur âge et de leur stade de développement. Les très jeunes enfants n'auront probablement pas la souplesse cognitive et les compétences langagières nécessaires pour résoudre leurs conflits seuls.
o Les parents ou les intervenantes doivent jouer un rôle actif et guider les très jeunes enfants dans le processus de résolution de conflits. Demandez-leur comment ils pensent pouvoir régler le problème. S'ils ne proposent aucune solution, faites-le à leur place et évaluez leur réaction.
o Dans la mesure du possible, encouragez les enfants de plus de trois ans à négocier leurs propres solutions.
5. Permettre aux enfants d'en arriver à leur propre solution
o Encouragez les enfants plus âgés à trouver leur propre solution au conflit. Les parents et les intervenantes peuvent diriger délicatement le processus de négociation, mais la solution elle-même devrait représenter l'aboutissement des efforts des enfants.
o Les adultes doivent souvent prendre une plus grande part à l'atteinte d'une solution en présence de jeunes enfants. Assurez-vous que ces derniers sont satisfaits en fin de compte.
6. Surveiller les solutions adoptées d'un commun accord
o Veillez à ce que les enfants donnent bien suite aux solutions qu'ils ont négociées.
o Si la solution ne fonctionne pas, recommencez le processus de résolution de conflit.
La violence marque l'aboutissement d'une situation conflictuelle extrême. Les parents et intervenantes peuvent éviter la violence dans les disputes d'enfants en ayant recours aux six étapes de résolution des conflits avant l'escalade de la crise.
Rappelez-vous, l'objectif final du processus de résolution des conflits est de permettre aux enfants de trouver leur propre solution. Les enfants qui apprennent à négocier dans le calme et avec compétence acquièrent d'importantes aptitudes de communication qui leur seront nécessaires pour la résolution de problèmes sociaux dans l'avenir.
Source: Ce document a été préparé pour la Fédération
mardi 27 octobre 2009
Les conflits entre enfants
intervenir ou ne pas intervenir…
telle est la question!
Qui n’a jamais eu à intervenir dans un conflit entre deux enfants? Comme parent ou éducatrice, nous sommes souvent appelés à gérer des situations qui nous semblent aller au-delà des compétences des enfants. Est-ce bien le cas? Les conflits entre enfants peuvent-ils être constructifs pour eux?
La première question à se poser est certainement qu’est-ce qui provoque un conflit entre deux enfants? Quand on veut un même objet? Un même espace? L’attention de l’éducatrice ou du parent? En fait, il y a conflit lorsqu’au moins deux personnes veulent obtenir la même chose: un objet (un jouet), un espace («Je veux être assise à côté de mon ami») ou encore une attention sociale («C’est mon éducatrice!»).
Nous sommes portés à croire que les limites des habiletés du jeune enfant le placent souvent dans des situations de conflit, et que c’est principalement de l’agressivité qu’il vit à la garderie ou en groupe. Or, les interactions conflictuelles (pousser, mordre, tirer les cheveux), même si elles sont plus spectaculaires, sont beaucoup moins fréquentes que les interactions affiliatives (offrir un objet, sourire, toucher). Le conflit représente environ 20% de l’ensemble des activités sociales entre enfants de 2 ans, et seulement 5% chez les enfants de 5 ans.1
Positifs, les conflits?
Et si ces conflits offraient aux enfants des possibilités de vivre, ultérieurement, des relations d’amitié? En effet, il ne faut pas oublier que la plupart des conflits surviennent lorsque deux enfants ont le même intérêt pour un même objet. Ce même intérêt, même s’il s’exprime dans un contexte conflictuel, permet souvent d’aboutir à des interactions plus agréables. Qui n’a jamais vu deux enfants, deux minutes après un conflit virulent, jouer ensemble?
Ces interactions, bien que plus dérangeantes pour les adultes, permettent aux enfants d’expérimenter différents comportements et de s’ajuster aux réactions des autres. En effet, c’est dans ce contexte égalitaire entre enfants que ceux-ci peuvent exercer leurs nouvelles stratégies d’interaction et développer leur compréhension des règles de vie qui régissent un groupe. Ainsi, il est plutôt rare de voir un enfant de quatre ou cinq ans en mordre un autre. Pourquoi? D’abord, parce qu’il aura compris les coûts et les bénéfices de ses actions. Frapper un autre enfant peut entraîner une riposte encore plus sévère de la part de l’autre enfant. Et d’autre part, parce qu’il aura développé de nouvelles stratégies pour faire face aux différentes situations sociales. L’enfant apprendra ces nouvelles façons de faire en observant les autres (enfants et adultes) bien sûr, mais aussi en testant ses propres stratégies.
Intervenir ou non
Il est donc important de s’interroger sur la place de l’adulte dans cet univers d’expériences sociales entre enfants. Est-il possible de ne pas intervenir quand deux enfants se chamaillent? Évidemment, cela ne va pas de soi! Habituellement, nous intervenons sur-le-champ pour arrêter le conflit, bien que la plupart du temps, il n’y a pas de risque de blessures. Il peut être d’autant plus difficile de ne pas intervenir lorsqu’un enfant sollicite notre soutien! Cependant, on peut se demander pour quelles raisons et pour qui on intervient. Y a-t-il un danger pour l’enfant? Qu’est-ce que l’enfant va apprendre de notre intervention? Que peut-il apprendre si on évite d’intervenir? Alors que nos interventions (retirer l’objet aux enfants, le remettre à celui qui l’avait en premier) ont souvent comme objectif d’éviter un règlement du style «que le plus fort gagne», l’intervention de l’adulte en est pourtant une d’autorité… celle du «plus fort»!
Si on observait davantage les enfants, nous serions surpris par leur grande capacité à trouver des solutions négociées. Ceci demande de la part de l’adulte de soutenir les enfants dans la recherche d’une solution équitable, mais peut également devenir l’occasion pour l’éducatrice de solliciter tous les enfants du groupe et pour les enfants, la possibilité de faire valoir leur savoir-faire.
Le défi pour le parent ou l’éducatrice est donc d’en arriver à jouer un rôle de guide ou de chef d’orchestre, afin de permettre à chaque enfant de vivre intensément une diversité d’expériences sociales et ce tant via des amitiés... que des conflits.
Francine Sinclair, Ph. D. en psychologie, est professeure au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec en Outaouais et membre du Groupe de recherche sur la qualité éducative des milieux de vie de l’enfant (QEMVIE). Elle s’intéresse à la socialisation des jeunes enfants en groupe de pairs et à leur adaptation en milieu de garde.
Résolution de conflits et conciliation
Le terme «conflit» a de nombreuses connotations négatives, évoquant des images de violence, d'agression, de haine, de turbulence et même de guerre. Les parents et les intervenantes apprécient les milieux paisibles et veulent que les enfants mènent leur vie sans conflit. Pourtant, une certaine dose de conflits peut contribuer au développement social, aux aptitudes de résolution de problèmes et à la sécurité émotive des enfants. Ces derniers apprennent à devenir des «artisans de la paix» lorsqu'ils arrivent à régler efficacement les conflits inévitables qui surgissent dans leur famille, à la garderie, à l'école ou dans le quartier. Si leur vie était complètement dépourvue de conflits, les enfants ne pourraient pas acquérir ces compétences. Les parents et les intervenantes peuvent donc suivre les conseils ci-dessous pour aider les enfants à apprendre les aptitudes de résolution des conflits dont ils auront besoin pour créer un monde plus paisible.
dimanche 25 octobre 2009
des conflits qui construisent....(suite)
généralement il n’éprouve plus le besoin de la transgression. Aujourd’hui, les parents disent qu’ils discutent avec leurs enfants, en fait ils négocient surtout, dans une forme de chantage – «Si tu fais ci, tu auras ça» –, au lieu d’approfondir leurs arguments de fond.
Quand la situation est bloquée, la mise à distance peut-elle être une étape ?
Dans ce cas, il est préférable de rechercher de l’aide, plutôt que de s’épuiser à vouloir tout gérer soi-même. Elle peut être trouvée auprès de son conjoint ou bien d’une personne de l’entourage, famille, professionnel ou éducateur. Quand on a tout essayé, en vain, on peut chercher une manière de prendre du recul, comme la pension par exemple. Parfois, la solution est en nous : il suffit que l’un des parents se fasse aider à l’extérieur pour débloquer la situation. Si l’un des parents accepte de se remettre en question, cela crée un espace, et une relation difficile avec un enfant peut alors évoluer.
Si un enfant n’est jamais en conflit, n’est-ce pas alarmant ?
Dans des familles où l’on n’a pas le droit au conflit, la soumission peut être un refuge. Quelle qu’en soit l’origine, c’est une situation très délicate, car celui qui fuit le conflit le fait à son propre détriment, il ne se respecte pas. Il écrase et refoule ses désaccords par peur ou pour plaire.
Dans un conflit, les opinions des parents divergent souvent. Comment réagir ?
Le jeune enfant a besoin de sentir la solidarité conjugale, même s’il n’est pas dupe de la différence des points de vue. Quand l’un des deux conjoints n’est pas d’accord avec l’autre, il est bon de se taire devant l’enfant pour lui éviter d’avoir à prendre parti.
À l’adolescence, il peut entendre que ses parents ne sont pas d’accord, à condition que soit réaffirmé l’amour de ses parents : «Je ne partage pas complètement l’avis de ton père, mais c’est ton père, mon mari, et je le soutiens». Voilà de quoi affiner le lien entre amour et vérité.
Il pourra ainsi comprendre que le fait de s’opposer à lui dans une discussion n’enlève rien à l’amour que ses parents ont pour lui. C’est important aujourd’hui où l’on a tendance à confondre l’opinion et la personne, en privilégiant le lien affectif : «Je l’aime, donc je suis d’accord avec lui».
(1) Marie-Paule Mordefroid, également responsable de la formation aux Chantiers-Éducation des Associations familiales catholiques (AFC), vient de publier Parents/Enfants, vivre les conflits (éd. de l’Emmanuel), écrit à partir de son expérience et des réactions de participants aux Chantiers.
(2) Cler : Centre de liaison des équipes de recherche sur l’amour et la famille.
samedi 24 octobre 2009
des conflits qui construisent....
Des conflits qui construisent
La vie familiale n’est pas une oasis de sérénité. Marie-Paule Mordefroid, psychologue, formatrice d’adultes en développement personnel (1), nous rassure : les conflits avec nos enfants sont normaux. À nous de les gérer le mieux possible, dans l’écoute et la fermeté.
Florence Brière-Loth
L’harmonie familiale est-elle une utopie ?
Elle peut être un rêve qui ferait fuir le réel. L’harmonie ne demande pas de se dérober aux conflits. Elle passe par l’acceptation des différends et se construit. La vie familiale engendre sans cesse la confrontation. À cause de l’inter-action entre la famille et la société : «Maman, je voudrais aller voir tel film ! Tout le monde l’a vu, sauf moi», sans compter tous les conflits à propos de l’école. Et parce que la relation asymétrique entre parents et enfants n’est pas une relation d’égalité : le parent a une mission d’éducateur et l’enfant doit construire son identité.
Les différends surgissent non pas d’abord à cause d’une quelconque incompétence parentale, mais de la nature de cette relation, qui porte en elle une part de conflits. Je suis d’ailleurs inquiète : la vie familiale n’est plus assez conflictuelle. Quand les parents ont peur de l’affrontement, ils n’assument pas leurs responsabilités. Nous sommes dans une société qui valorise le lien affectif au point que les adultes craignent de perdre l’amour de leurs enfants et de souffrir.
Des statistiques récentes montrent que l’inquiétude majeure est d’abord la réussite scolaire puis, ce qui est nouveau, la rupture du lien. De ce fait, les parents arrondissent sans cesse les angles. Pour pouvoir aborder les confrontations, il faut se dégager des mauvaises représentations qu’on en a, elles sont souvent liées à la violence, résultat d’une gestion maladroite du conflit.
Pour vous, le conflit est donc non seulement inévitable, mais nécessaire ?
Il est tout à fait nécessaire. Je l’affirme, et pourtant je n’ai jamais aimé les conflits. Là où est la vie, là se trouve le conflit. Ils permettent d’exprimer son désaccord, sa colère, et de rappeler les règles. Ils sont utiles, pour assainir nos relations familiales, apprendre à mieux communiquer, favoriser la croissance de nos enfants et la nôtre.
Je repense à Quentin, 4 ans, qui faisait des scènes épouvantables au coucher. Sa maman a compris qu’elles avaient un lien avec le départ pour plusieurs mois de son père militaire. Le fait de parler de ce départ avec lui a pu désamorcer son inquiétude et son coucher est redevenu paisible. Nous apprenons beaucoup à travers les crises de croissance, à condition de chercher à les vivre du mieux possible. Il n’existe pas de bon ou de mauvais conflit, c’est la manière dont on le gère qui le rend destructeur ou constructif. La capacité de vivre ces différends est le signe de relations saines.
Notre réponse aux conflits dépend-elle de notre histoire et de notre tempérament ?
Face à ceux-ci, j’ai remarqué plusieurs réactions : la stratégie du retrait, «On verra plus tard, c’est fatigant de devoir dire non» ; l’agressivité ou l’autorité qui veut s’imposer absolument, efficace seulement dans l’immédiat ; la manipulation ou encore la conciliation pour maintenir l’unité familiale en refusant la différence. Nous avons tous une façon spontanée de gérer l’affrontement, révélatrice de notre identité et de notre passé. Il ne s’agit pas de culpabiliser les parents. Les frères et sœurs, d’une même famille, ne réagissent-ils pas de façon différente ? Chacun a sa liberté ; même petits, nous faisons des choix.
Peut-on changer sa façon de réagir pour mieux vivre le conflit ?
Il est difficile de changer sa personnalité, mais on peut apprendre à en modérer les aspérités pour qu’elle fasse moins souffrir nos proches, ainsi que nous-mêmes. Déjà, écouter les remarques des autres, à commencer par celles de son conjoint, donne des pistes. Puis il est aussi bénéfique de réaliser que devant l’adversité, nous nous mettons en pilotage automatique, comme si nous étions programmés. Enfin, observer, au moment de la naissance du conflit nos pensées, nos émotions, permet de réaliser combien ces états déforment la réalité. Peu à peu, les parents qui se remettent en cause relativisent certains principes éducatifs qui leur paraissaient absolus. Ils développent des qualités qu’ils avaient laissées de côté. Par exemple : une personne très communicante, très brillante, mais qui ne sait pas du tout écouter, va essayer de développer cette attention à l’autre.
Autre possibilité : si j’ai l’habitude de fuir les différends, je peux apprendre à les aborder petit à petit, en commençant par des enjeux moins importants, dans ma vie conjugale ou professionnelle.
Il est capital de comprendre ceci : si j’arrive à envisager le conflit comme une étape nécessaire et non violente, je vais modifier ma façon de le vivre. Dans la mesure où nous acceptons d’évoluer, nos enfants apprendront à gérer les différends. Si nous les fuyons ou si nous empêchons nos enfants d’exprimer leur désaccord, ils ne sauront pas appréhender les multiples confrontations dont leur vie sera jalonnée.
Comment apprendre aux enfants à affronter les conflits ?
En osant accepter, en tant que parent, le face à face avec nos enfants, admettre d’être le rempart, le butoir contre lesquels ils vont se heurter. Michèle Guy, fondatrice du Cler (2), disait volontiers qu’un adolescent est comme une personne qui monte dans une barque, pour quitter le continent de l’enfance. Pour s’éloigner de la berge, il doit donner un coup de rame sur le bord. Or, si vous, les parents, vous êtes une berge de granit, les enfants peuvent partir. Si vous êtes un marécage inconsistant, ils s’y engluent. En se confrontant à vous, ils font l’apprentissage de la traversée du conflit.
Comment concrètement faire évoluer la relation parents-enfants, dans ces moments de tension ?
Dans cette relation délicate, les parents font sans cesse le grand écart entre des paradoxes : conjuguer affection et autorité, affirmation de soi et écoute, sécurité et prise de risques. En famille, n’est-ce pas à nous de donner le ton ? Notre comportement influence. Il est toujours révélateur de voir une petite fille de 3 ans en train de crier sur sa poupée en imitant les expressions de sa mère. Respecter les enfants est déjà un antidote à la violence. Repérons nos dérapages, tant à leur égard qu’envers notre conjoint.
Attention aussi de laisser la place au père ; sinon, le risque est grand de privilégier un type féminin d’éducation, fondé sur la compréhension, au détriment de la parole ferme, des non catégoriques jugés traumatisants ou agressifs pour les enfants. Pourquoi ? Parce qu’on confond force et combativité avec violence. Enfin, un conjoint aura tout intérêt à éviter de critiquer l’autre en public. Tout cela, en vue d’une bonne construction de l’enfant. Viviane, quelques années après son divorce, m’a confié : «Je paie aujourd’hui le fait d’avoir critiqué le père de mes filles dans les années qui ont suivi notre séparation. Elles savent me le reprocher».
Quel est l’essentiel pour permettre à un enfant de se construire ?
C’est le travail de l’éducation, tout simplement. Comprendre qu’aimer n’est pas uniquement éprouver des émotions et des sentiments, mais vouloir le bien. Cela implique de poser des limites, de se faire respecter, d’exercer une juste autorité, en le vivant dans une relation triangulaire, le parent/l’enfant/la loi.
L’adulte ne fonde pas son autorité sur sa force, mais sur son statut de parent qui lui dicte d’indiquer les règles de la famille et de la société : c’est le troisième terme de la relation. Si Paul ne veut pas mettre son casque à moto, et que son père lui rappelle la loi, ce n’est pas un conflit de personnes dû à la seule volonté du parent, mais une transgression par rapport à un principe extérieur. S’il n’est pas d’accord, ce n’est pas contre la personne de son père, mais contre la règle, au risque d’encourir les sanctions prévues. On sort du rapport de force et le jeune est ainsi conduit à se responsabiliser.
Aidons nos enfants progressivement à s’initier aux réalités du monde, en leur faisant confiance, en exerçant un contrôle qui permet, soit d’étendre cette confiance, soit de la réviser à la baisse, si elle a été trahie.
Comment éviter la transgression des règles familiales par l’adolescent ?
Pour savoir comment agir, les parents ont à comprendre l’enjeu de cet âge : passer de l’état d’enfant à celui d’adulte. Le jeune doit découvrir ce qui est bon dans la loi parentale pour se l’approprier et non plus agir par pure obéissance ou par peur. Agnès a pris l’habitude de prendre un goûter dînatoire vers 18 h pour ensuite aller travailler toute la soirée. Son père ne supporte pas son absence au dîner. Après une explication, ils ont abouti à une solution satisfaisante où chacun trouve son compte. Il est important d’avoir une part de l’adhésion de l’adolescent : cette tranche d’âge n’est plus le moment de la soumission, mais de l’intériorisation.
Cela ne se fait pas facilement et passe souvent par l’opposition et la transgression. Les parents ne respectent pas toujours les étapes qui peuvent précéder la désobéissance : le jeune a d’abord besoin de discuter pour comprendre leurs raisons ; il faut lui reconnaître le droit de ne pas forcément y adhérer et lui permettre de s’expliquer. «Pourquoi n’es-tu pas d’accord avec moi ?» Quand on le lui accorde,





