Depuis février 2003, l'éducation à la sexualité est au programme de toutes les écoles primaires (1), ce qui ne peut laisser les parents indifférents.

Christine Ponsard

«Il est très important que les parents soient conscients de leurs droits et devoirs, en particulier face à un Etat et à une école qui tendent à assumer les initiatives dans le domaine de l'éducation sexuelle.» (2)

Les parents ont le droit incontestable de donner à leurs enfants une éducation sexuelle conforme à leurs convictions. Mais ce droit a pour corollaire le grave devoir d'assurer cette éducation en temps voulu : aujourd'hui plus que jamais, il est capital que les parents exercent leurs responsabilités en ce domaine, sans trop se référer à leur propre enfance. En effet, les enfants d'aujourd'hui se trouvent souvent confrontés à des questions dont nous n'avions même pas idée à leur âge.

Personne n'est mieux placé que les parents pour offrir au jeune enfant la formation qui lui convient personnellement. Dans le contexte d'un dialogue intime, la mère ou le père peut parler «avec une extrême délicatesse, mais de façon claire et au moment opportun» (3). Cette notion de «moment opportun» est capitale : tous les enfants n'ont pas besoin de recevoir les mêmes informations au même âge ; cela dépend de leur sexe, de ce qu'ils ont pu voir et entendre, de ce qu'ils ont déjà compris (parfois de travers !), de leurs centres d'intérêt, etc.

La période que Jean-Paul II appelle les «années de l'innocence» ne doit «en aucun cas être troublée par une information sexuelle que rien ne nécessite» (4). Cela dit, il faut aussi être vigilant afin de pouvoir clarifier sans attendre ce qui est troublant, parce que erroné ou mal assimilé.

Si nous entendions les conversations sur les cours de récréation, nous serions peut-être surpris ! Sans exagérer les difficultés - les «années de l'innocence» sont encore préservées chez de nombreux enfants -, il faut aussi être attentifs, et ne pas nous bercer d'illusions : soyons conscients de ce qu'entendent nos enfants... et de ce qu'ils disent ! Ne les imaginons pas trop vite comme des anges de pureté au milieu d'un univers dévoyé. Les parents qui viennent se plaindre auprès des institutrices des expressions ou des gestes grossiers que leur petit chéri a rapportés de l'école ne se rendent pas toujours compte que le petit chéri en question est peut-être le premier à s'en régaler et à les colporter allégrement (même - et surtout - si on ne parle jamais de "ces choses-là" à la maison).

Lorsque la famille n'assure pas la formation adéquate, parce que les parents se sentent démunis, ou parce qu'ils n'ont pas conscience de ce qui trotte dans la tête de leurs enfants, ceux-ci cherchent à se renseigner ailleurs... c'est-à-dire, en général, aux plus mauvais endroits : dans des magazines, à la télévision, sur Internet ; si eux-mêmes n'y ont pas accès, ils trouvent toujours dans leur classe, ou dans les classes au-dessus, un copain "branché".

Les images et les "réponses" qui circulent ainsi peuvent faire des dégâts considérables, surtout si l'enfant n'ose rien en dire à ses parents. Il vaut mieux, alors, qu'il puisse en parler avec son institutrice, qui remettra les choses au clair. Et lorsqu'un enfant est élevé sans son père, l'école est parfois le seul endroit où il peut entendre une voix masculine sur le sujet (par exemple un médecin qui intervient ponctuellement), ce dont il a grand besoin.

On peut déplorer la généralisation de l'éducation sexuelle à l'école primaire, d'autant plus que - ne soyons pas naïfs - un des buts avoués de cette information est de «lutter contre l'homophobie» en présentant l'homosexualité comme un choix équivalent au mariage entre un homme et une femme (5).

Pour autant, ne montons pas sur nos grands chevaux ! Ne commençons pas par sortir nos griffes et nos plans de bataille. Beaucoup d'enseignants confrontés à ce que leur impose l'Education nationale ont vraiment à cœur de ne pas aller contre l'éducation que nous donnons en famille, et ne demandent qu'à collaborer étroitement avec tous les parents conscients de l'enjeu de cette formation. A nous de saisir cette opportunité !

(1) Cf. Circulaire n° 2003-027 du 17 février 2003 (www.education.gouv.fr). (2) Vérité et signification de la sexualité humaine, document du Conseil pontifical pour la famille

(1995), § 41 (www.vatican.va). (3) Id. § 64 à 76. (4) Id. § 78. (5) Voir par exemple les "conseils pédagogiques" donnés sur le site http://homoedu.free.fr.